La consommation : nouvel espace de contestation et de propositions alternatives

Choix d'une autre consommation à travers l'alimentation et Alternatives d'achat

Les moteurs de cette contestation :

•  le développement du commerce équitable qui a fait prendre conscience de la question du juste prix et de la rémunération des travailleurs paysans avec la remise en cause des stratégies des grandes firmes du commerce et de la transformation ;

•  le combat anti-OGM qui, parmi ses nombreux fondements, présente celui de l'opposition radicale, là aussi au pouvoir économique très concentré des grandes firmes qui veulent imposer leurs choix aux producteurs et aux consommateurs.

•  les crises sanitaires (vache folle …) ont élargi la voie.

   

Au début des années 1990, une contestation assez nouvelle dans son contenu et totalement nouvelle par son ampleur, s'est développée en matière de consommation et de pratiques d'achat, particulièrement nette dans le domaine de l'alimentation.

Les formes de cette remise en cause des modalités de production et de commercialisation sont d'ordre global et politique telles celles prônées par les projets « d'agriculture paysanne » à l'image des AMAP en solidarité avec la population agricole et soutenues par la Confédération paysanne.

Dans cet esprit, l'association Consom'Solidaire s'est fixée comme objectifs (extraits des statuts)  :

•  de promouvoir une agriculture durable, socialement équitable et écologiquement saine à travers une information citoyenne,

•  de faciliter aux faibles revenus l'accès à l'alimentation issue de cette agriculture,

•  de soutenir les agriculteurs de proximité désirant s'engager dans une production respectueuse de l'environnement,

•  de mettre en relation les adhérents et les producteurs. L'association intervient dans l'organisation des relations entre les partenaires et la distribution des produits dans le cadre d'une gestion désintéressée.

•  de re-créer un lien social entre le monde urbain et le monde rural grâce aux relations étroites entretenues avec les producteurs.

 

Pour une éducation alimentaire populaire

L'association veut promouvoir un commerce équitable local entre agriculteurs et consommateurs et une alimentation de qualité et diversifiée auprès des adhérents. Elle participe à la diffusion d'informations autour de l'économie solidaire et la consommation responsable. Elle se positionne pour le développement d'un commerce plus « équitable » hors du réseau de grande distribution en privilégiant les réseaux alternatifs.
Des partenariats avec des producteurs locaux sont encouragés pour soutenir une forme de commerce équitable local et l'accès aux produits issus de ces productions. Le développement important de la précarité de l'emploi et des revenus cette dernière décennie prive un nombre croissant de personnes des moyens suffisants pour couvrir leurs besoins essentiels.
Ces consommateurs en cherchant des prix bas, ne trouvent que des produits de mauvaise qualité, tant du point de vue du produit que des critères sociaux et environnementaux, participant malgré eux à la pression sociale et environnementale dont ils sont pourtant les victimes. Il convient d'assurer l'accès des personnes en précarité aux produits de qualité.
L'alternative d'achat, individuelle ou collective, et une volonté politique affirmée doivent assurer des conditions décentes pour les producteurs et la qualité globale des biens et services pour les consommateurs : s'appuyer sur un droit à la consommation responsable pour tous. Le commerce équitable ne doit pas être réservé aux classes moyennes, il doit permettre de restaurer le lien entre les producteurs et les consommateurs et affirmer la solidarité et l'équité envers les producteurs et travailleurs précaires au Nord. Le mode de fonctionnement basé sur des échanges justes et socialement équitables doit permettre la pérennisation des économies les plus fragiles tant au Nord qu'au Sud. Agir pour soutenir un commerce et des échanges plus équitables au niveau local et international au service d'une économie sociale et solidaire !

Contexte socio-économique :

- Société de consommation, consumérisme effréné des années 80, remise en cause à partir des années 90
- Intérêt pour l'écologie et préoccupation pour la santé (maladies modernes et allongement de la vie)
- Part du budget alimentaire des ménages moins importante par rapport au passé (14.5% aujourd'hui)
- Augmentation de la consommation de viande (et protéines d'origine animale, 4 fois plus qu'en Afrique),
- Uniformisation alimentaire, mondialisation des approvisionnements, diversification des habitudes alimentaires, surconsommation (obésité)
- Forte diminution du nombre d'agriculteurs (4% de la population active), développement de l'élevage et culture hors-sol (tomates, concombres), accentuation du productivisme et dépendances agro-industrielles
- Insécurité alimentaire : fièvre aphteuse, « vache folle », listeria, salmonelle, dioxines…
- Médiatisation de la mal bouffe et des actions de la Confédération Paysanne.
- Epuisement des ressources énergétiques, chasse aux gaspis, d'autres voies énergétiques sont expérimentées (énergies renouvelables), habitat sain, qualité de vie (classement des villes en France). Les conditions de vie se sont dégradées au niveau de la qualité de l'air, de l'eau, les conséquences écologiques sont constatables.
- Inégalités devant les choix alimentaires, la malnutrition est avérée dans les écoles, la précarité et l'insécurité sociale augmentent, l'exclusion se renforce même devant l'assiette.

Aujourd'hui l'alimentation joue un rôle indéniable dans 80 % des maladies, et en particulier dans 40 % des cancers. Nous assistons à un accroissement des pollutions (pesticides, produits phytosanitaires) et à une altération de la qualité des aliments. Les paysans ont perdu leur fonction de gardiens de la diversité, de régisseurs des sols, de l'eau, du climat et de la production de semences.
L'idée de consommer moins fait son chemin de même qu'apparaît la consom'action et l'éducation à une alimentation saine et équilibrée. En consommant autrement, c'est un acte qui devient politique par l'achat responsable ou le non achat, un reflux de responsabilisation citoyenne. Indissociables dans le projet, le social, la santé et l'environnement se combinent à travers nos préoccupations contemporaines et particulièrement au moment de l'acte d'achat et du passage à table. Les problèmes de l'alimentation sont au coeur d'une série d'enjeux culturels, sociétaux, économiques et bien sûr de santé publique.

 

Consommation et Alimentation :

Enjeux et responsabilités

Consommer responsable c'est protéger sa santé, celle de ses enfants (avec le souci de qualité nutritionnelle des produits) dans une optique de solidarité vis-à-vis des producteurs qui doivent pouvoir vivre dignement. Le commerce équitable doit autant bénéficier au paysan bolivien qui sème la quinoa qu'au paysan de nos régions qui n'utilise pas de pesticides ni d'engrais chimiques. La préservation des ressources alimentaires de qualité dépend de notre comportement au quotidien et de la mobilisation citoyenne. Il convient de passer de l'acte individuel d'achat à l'action collective pour encourager une économie plus solidaire et respectueuse de l'humain en utilisant son pouvoir d'achat avec cohérence, en effectuant des achats en fonction des critères sanitaires, environnementaux et sociaux et en donnant l'opportunité au plus grand nombre (sans barrière sociale) de se nourrir de produits sains.

Le règne des grandes marques et de la consommation à outrance des années 70 est révolu, aujourd'hui avec la remise en cause d'un modèle économique, le consommateur réclame des droits fondamentaux face aux grands groupes industriels : le respect de l'environnement, l'éthique économique et la santé car pour les firmes internationales, l'alimentation est devenue source de profits et non plus source de vie et de moyens d'existence. Leurs bénéfices ne peuvent croître que par la destruction de systèmes auto-suffisants.

Dans sa contestation, pour obtenir satisfaction, le consomm'acteur agit, il boycotte, il part en campagne, en association, en groupements de pression pour alerter l'opinion publique. Il peut influencer l'économie en créant de nouvelles normes, de nouveaux labels qui répondent à ses exigences (en payant plus cher pour les favoriser), en sanctionnant les produits qui ne répondent pas aux critères écologiques, un lobbying se développe (pétitions, cyberacteurs).

1- Respect de l'Environnement  :

Dans ses choix au quotidien, le consommateur peut faire pression en n'achetant pas des produits polluants et en s'informant de l'incidence sur notre entourage. L' Union Européenne, a pu imposer des normes de plus en plus restrictives à l'industrie automobile : un véhicule neuf, essence ou diesel, pollue aujourd'hui dix fois moins qu'il y a dix ans. Les aérosols contenant du CFC, un gaz susceptible d'aggraver le trou dans la couche d'ozone, ont été interdits. La gestion des déchets ménagers a aussi considérablement évolué en France. On a ainsi vu apparaître le tri sélectif, des incinérateurs avec de nouvelles normes de rejets atmosphériques, le recyclage , et enfin les éco-emballages. On peut favoriser les emballages recyclables et recyclés, voir même favoriser les emballages totalement bio-dégradables, encore trop rares (apparition de logos). Dans le domaine énergétique aussi, des normes se sont imposées (informatique et hi-fi) avec des normes écologiques présentes pour les matériaux utilisés, la consommation en énergie de l'appareil (en marche et en veille) et les émissions électromagnétiques des écrans. Pour l'électro-ménager, ce sont de petites fiches aux normes européennes qui sont apposées sur les appareils neufs : elles signalent par un "A" les appareils les moins gourmands en énergie.

Enfin, l'exigence de qualité des produits d' alimentation croît face aux industries agro-alimentaires. Suite aux psychoses héritées de la vache folle, la grippe aviaire, du poulet aux hormones, des nitrates dans les nappes phréatiques, de l'élevage intensif, des pesticides, des pluies acides, de l'irrigation à outrance, de la prolifération des OGM, les produits bio, AOC et labels rouges se développent et gagnent les consommateurs. Les produits ne sont pas pour autant certifiés meilleurs pour votre santé (aucune étude scientifique n'a réussi à démontrer un quelconque bienfait des produits bio pour l'organisme, par rapport à d'autres produits classiques). Par contre, ils seront meilleurs au goût dans tous les cas, et, pour les produits bio (sans intrants industriels), le temps de maturation garantit une meilleure qualité.

2- Ethique économique

Préoccupation apparue plus récemment, l'éthique est en vogue, avec le développement du commerce solidaire , dont le nombre de produits et la présence dans la grande distribution s'est largement diffusé. Le label de commerce équitable garantit que le produit a été acheté à un prix "juste" aux producteurs et produit dans des conditions respectueuses des droits de l'Homme et de l'environnement. C'est un partenariat commercial offrant de meilleures conditions commerciales et une sécurisation des droits, les collectivités locales peuvent l'intégrer dans leurs appels d'offres (restauration). Les filières se diversifient avec les vêtements et produits d'artisanat. Le label Max Havelaar (fondé en 1988) est le label de référence omnipotent dans le C.E, la vente dans la grande distribution fait débat, l'éthique commerciale parait tout de même très éloignée des objectifs de la grande distribution. Les produits issus d'un commerce « plus » équitable sont souvent un peu plus cher, mais ils sont souvent de qualité supérieure, ils peuvent cumuler le label « agriculture biologique ». Des produits locaux sont commercialisés en ligne ( Paysans.fr , produits fermiers délivrés directement au consommateur). Les circuits courts de distribution se multiplient avec des regroupements de consommateurs : AMAP, Jardins de Cocagne, paniers du Val de Loire suivent cette voie et souvent dans un esprit coopératif. Les français dégustent des produits de terroirs particuliers (vins ou fromages AOC), représentation du patrimoine culturel local. Depuis 1992 il existe dans l'Union Européenne les AOP (appellations d'origine protégées), des IGP (indications géographiques protégées) et STG (spécialités traditionnelles garanties), la France est le pays qui réunit le plus d'AOP (56) et d'IGP (65), ces regroupements exercent du lobbying au sein d'une structure internationale (ORIGIN) et dans l'enceinte de l'OMC. Participer à une AMAP , c'est soutenir des pratiques paysannes et/ou bio et c'est pouvoir manger sainement à des prix ne dépassant qu'occasionnellement ceux du commerce traditionnel, c'est aussi être acteur d'un rapprochement entre ville et campagne. Quand une communauté de consommateurs établit un lien direct avec des fermes artisanales traditionnelles, la relation va au-delà du simple contrat commercial, elle s'inscrit dans un projet humain.

3- Santé

La pollution, la mal bouffe, le stress, la précarité sont parmi les causes principales de nos maladies d'aujourd'hui. En France, les cancers ont progressé de 63% en 20 ans. La pollution atmosphérique est responsable de plus de 15 00 morts/an en France. Pourtant aucun label ne se préoccupe de notre santé, peu d'études également, les droits sont défendus en association comme l'UFC-Que Choisir , qui tente de faire évoluer les législations depuis 1951 (dernières requêtes auprès des banques, la téléphonie, SMS) ainsi que dans son combat contre les aérosols cancérigènes. On est loin des revendications des actions de consommateurs des syndicats réclamant plus de pouvoir d'achat. Le Pr Belpomme (initiateur de l'appel de Paris) publie un livre « ces maladies crées par l'homme » ! Pourtant, les scientifiques sont peu influents, les lobbies pharmaceutiques veillent au grain, la recherche française subit et a peu de moyens.

Le principe de précaution doit se développer avec les menaces notamment autour de l'arrivée en masse de produits OGM, le suivi des produits doit être encouragé, l'étiquetage avance dans un contexte d'omnipotence de l'OMC et des USA. De même, soucieux de traçabilité (origine des produits et méthodes de culture et d'élevage), les consommateurs se préoccupent du bien-être des animaux et des conditions d'élevage durable.

 

D'autres façons de consommer  : On peut aujourd'hui avoir une influence sur les choix de développement futur. En privilégiant certains produits plutôt que d'autres, en étant attentif à ce qu'on achète, en se regroupant, il est possible d'influer sur la politique des grands groupes industriels (campagnes d'information et actions de consommation), la conscientisation avance, des mouvements émergent à l'image du « Slow Food » préconisé par des italiens alliant gastronomie et qualité de vie. « Bien boire, bien manger » c'est le combat mené par ce mouvement né dans le Piémont, des « gourmets sensibles à l'environnement par la sauvegarde des modes de production artisanaux en luttant contre la standardisation du goût et en inversant la tendance qui nous fait consacrer une part de plus en plus réduite de nos revenus à la nourriture »(le français dépense aujourd'hui 17 % de ses revenus contre 44 % en 1944) au détriment de la qualité. L'idée de « produire peu mais mieux » fait son chemin, c'est particulièrement vrai dans la viticulture aujourd'hui (en biodynamie, raisins issus de l'agriculture biologique). Enfin, une vision plus radicale prône l'anticonsommation (objecteurs de croissance), la critique de la société de consommation et publicitaire y est centrale.

La théorie de la décroissance vise à sortir de l'aliénation à la croissance non partagée, à la société consumériste et à la centralité de la valeur travail, une volonté « décroissante » implique plus de liens et moins de biens. Les ressources naturelles n'étant pas infinies, il revient à lutter contre la dilapidation de ces ressources et de proposer un autre mode de développement.

Consom'Solidaire a comme vocation de soutenir une agriculture "durable et solidaire" par les échanges entre les milieux urbain et rural.

Regroupant des consommateurs sensibles aux problèmes alimentaires et environnementaux, elle informe de l'intérêt d'améliorer le contenu de nos assiettes :

- en rendant accessible les produits sains (bio, équitable…)
- en affirmant notre solidarité avec les populaires précaires au Nord et au Sud.

Les AMAP sont des partenariats de proximité entre un groupe de consommateurs et une ferme, souvent située en zone péri-urbaine, se développant à partir de la vente directe par souscription des produits de la ferme, et particulièrement celle des fruits et légumes.

Pour le consommacteur, il revient à connaître et maîtriser la chaîne des acteurs de l'agroalimentaire, des denrées alimentaires, issues de préférence d'une agriculture respectueuse de l'environnement, privilégiant les produits de saison, économes en emballage, en distance de transports, et traitant la question des déchets.

Au niveau pédagogique , la question du repas et la mobilisation citoyenne sont essentielles aujourd'hui, via les associations et l'éducation (école et restauration collective) en luttant contre la mal bouffe (notamment chez les plus défavorisés, 1 million d'enfants pauvres selon le CERC) en remédiant aux dérives des comportements alimentaires.

Consommation solidaire et responsable : D'autres voies sont possibles sur le plan écologique et agricole pour résoudre le problème de durabilité par le maintien et le soutien de l'emploi agricole en freinant la concentration des exploitations et sortir de l'impasse alimentaire. L'heure est à la revendication du maintien d'une agriculture paysanne pour des raisons écologiques et sociales et à l'autonomie alimentaire. Au niveau planétaire et à l'heure de la mondialisation libérale, il faut : -rendre l'économie plus humaine tout en préservant le patrimoine naturel, en respectant l'environnement mais aussi l'éthique dans la façon de consommer. -une politique agricole commune (PAC) soucieuse de préservation des ressources, assurant la sécurité alimentaire et un développement solidaire et équitable. -instaurer des méthodes de travail réduisant l'utilisation d'intrants chimiques, en luttant contre l'érosion des sols et la déforestation, en préservant les ressources en eau et en garantissant une alimentation saine aux populations. - éviter les déséquilibres de prix et de quantité en réduisant les subventions agricoles dans les pays du Nord et en favorisant les systèmes de production économiquement et écologiquement soutenables pour tous les partenaires. -que les pays accèdent à la souveraineté alimentaire , c'est à dire une situation dans laquelle les besoins alimentaires nationaux peuvent être assurés sans faire appel à des importations.